C’est un centre d’expérimentation unique en Europe qui sera construit au cours des prochains mois près d’Ambérieu (Ain), à l’initiative du Pôle de compétitivité Lyon Urban Trucks & Bus (LUTB). Un projet important, dénommé Transpolis, que traduit un budget de 50 millions d’euros. Transpolis, c’est un morceau de ville modulable : on pourra en faire évoluer les carrefours et les ronds-points, y installer une aire de livraison de marchandises “intelligente”, une plateforme multimodale, un réseau d’énergie électrique, etc. ; le site sera aussi doté de bancs d’essais, d’un centre de formation, d’un plateau de recherches, de showrooms, d’espaces de congrès, etc. Bref, un campus spécialisé qui permettra aux industriels régionaux de tester les technologies d’avenir : détection de piétons, guidage du véhicule à l’accostage, information voyageurs, gestion de trafic, diminution des émissions de CO2, amélioration de la sécurité et du confort des transports urbains.
Parallèlement, LUTB vient de lancer CityFret, un programme de quatre ans centré quant à lui sur le transport de marchandises en milieu urbain et dont les développements seront expérimentés à Lyon et Saint-Etienne. Car, si la voiture particulière est pointée du doigt pour polluer et encombrer la ville, les utilitaires ne sont pas en reste : “On estime qu’en heure de pointe, les véhicules à usage professionnel constituent 40 % du trafic”, explique Yves Crozet, du Laboratoire lyonnais d’Economie des Transports (LET). Commerçants, restaurateurs, pharmacies, garages… tous sont approvisionnés quotidiennement ou presque, depuis des entrepôts situés généralement en périphérie. Qui n’a pas été, un jour, bloqué dans sa voiture en attendant qu’un livreur, garé en double file, ne fasse son travail ? “A Lyon, une livraison sur deux se fait en stationnement illicite”, poursuit Yves Crozet. L’explosion du e-commerce et de ses livraisons à domicile, ainsi que la densification de l’habitat et le retour du commerce de centre-ville, rendent plus cruciale encore la question du “dernier kilomètre” de transport des marchandises.
Une question sur laquelle ont commencé à se pencher collectivités et entreprises. C’est ainsi que les cinq magasins lyonnais de la chaîne Sephora sont désormais approvisionnés par les camionnettes électriques du transporteur Deret, l’un des tout premiers à proposer un service de “livraison du dernier kilomètre” sans CO2, sans bruit et sans odeur. De son côté, La Poste a annoncé un plan d’achat de plusieurs milliers de véhicules propres, comme ces quads électriques qui viennent de faire leur apparition dans plusieurs villes de la Région pour la distribution du courrier. McDonald’s, Casino ou Carrefour testent eux aussi des véhicules de livraison silencieux (pour les livraisons nocturnes) et à empreinte carbone réduite. Ces précurseurs contribueront d’ailleurs à amorcer le décollage du marché national de la voiture électrique : tous les constructeurs concernés proposent d’ailleurs des utilitaires, le régional Aixam-Mega en tête. Un signe qui ne trompe pas.