Pour l’un, c’est une histoire ancienne. Pour l’autre, c’est un sujet d’actualité. Le torchon brûle entre les familles Desmarescaux et Linossier, actionnaires d’Eurotab à 96 %. Le passage de témoin, en 2008, de Max Linossier à Olivier Desmarescaux à la présidence du directoire, marquait en fait plus qu’une alternance, le début d’un processus de séparation. Le cinquantenaire de la fondation de la société Linossier, à l’origine de cette aventure industrielle, agissant même comme un écran de fumée, permit de masquer les divergences entre associés.
Les familles Linossier et Desmarescaux se sont rapprochés, en 2001, en créant Eurotab, présent de la conception des machines de compression de poudre jusqu’à la production de pastilles de produits d’entretien ménager, de galets de piscine… Tout allait pour le mieux lorsque fut créé un joint venture avec une société espagnole pour dupliquer certaines productions pour le marché ibérique. Le groupe fit également preuve d’innovation avec une pastille de traitement de l’eau et un grain de café moulu comprimé développé avec Sara Lee, bien dans la lignée du premier comprimé de savon et de sciure de bois conçu en 1957 par Jean Linossier pour les ateliers mécaniques stéphanois.
Jusqu’en 2008, les deux familles partageaient en apparence la même stratégie, mais “pas la même vision”, selon Max Linossier. “On a mis en place une organisation qui n’est pas dans la culture de l’entreprise, une organisation très lourde avec beaucoup de procédures”, déplore celui qui possède encore 42 % des actions, face aux Desmarescaux (54 %) et à Siparex (4 %). Pour prendre du recul, Max Linossier avait proposé de s’expatrier, de prendre la direction d’une nouvelle filiale au Canada pour développer les activités d’Eurotab sur le marché américain. Mais il n’avait pas obtenu le feu vert de ses partenaires, lancés aujourd’hui dans une démarche active de prospection aux Etats-Unis.
En 2008, un premier constat de séparation a été dressé avec la cession de la filiale Top Hygiène, plate-forme de distribution de produits d’hygiène pour collectivités, qui partage les mêmes locaux qu’Eurotab à Saint-Just-Saint-Rambert. Max Linossier a racheté avec quatre associés cette société qui n’entrait plus dans le périmètre d’activités du groupe ligérien. Cette cohabitation n’est pas sans poser problème. Comme le dit Olivier Desmarescaux, “on discute avec les locataires qui ont signé un contrat de sous-location dans le cadre d’un bail”. Mais tout cela “relève de discussions privées, précise le président du directoire, comme celles qui ont lieu au conseil d’administration d’Eurotab”.
Car Max Linossier veut vendre ses parts. Olivier Desmarescaux confirme qu’il est bien question de “séparation capitalistique”. Mais “tant qu’elle n’est pas faite, elle n’est pas officielle”, souligne-t-il. Des discussions sont donc en cours, pour reprendre un langage diplomatique. Le divorce n’est pas encore prononcé. Il se vérifie une nouvelle fois que dans les mariages de raison, surtout économiques, “les histoires d’amour finissent mal, en général”.